mardi 7 juin 2022

Anthony Boile: "Mon cœur balance toujours entre la musique rock et l’histoire, et je ne veux pas trancher"

Avant la parution de la biographie de Jean-Jacques Burnel "Strangler in the light", Stéphane Renaud a eu le plaisir d'interviewer Anthony Boile, également auteur du livre "The Stranglers - Black and White".

Anthony, je suis très heureux de t’accueillir sur notre blog. Nous nous connaissons tous les deux depuis un certain temps mais je souhaitais te faire connaître à nos lecteurs. Tu as accepté en effet de travailler sur un projet aussi unique qu’inédit, à savoir celui d’écrire une biographie qui se présentera sous la forme d’une longue et passionnante discussion avec JJ Burnel. Mais avant de parler de ce défi que tu as, au passage, magnifiquement relevé, parle-nous un peu de toi.


Anthony, qui es-tu et que fais-tu dans la vie ? 

Je suis né pendant l’annus horribilis des Stranglers, quelques semaines avant l’emprisonnement de Hugh Cornwell à Pentonville, et quelques mois avant « l’affaire de Nice ». Je ne suis pas journaliste musical et n’ai jamais vraiment souhaité l‘être. Mais ma passion pour la musique m’a offert l’opportunité de mener certains projets d’écriture. Adolescent, je voulais être écrivain, mais plutôt romancier. Ce n’est peut-être que partie remise ! Je suis déjà heureux d’avoir pu, à ce jour, faire naître trois livres sur la musique, même si ce n’était pas une ambition à la base. Quant à mon travail quotidien, il se situe à la basilique de Saint-Denis, au nord de Paris, nécropole des rois de France et premier manifeste de l’art gothique. J’y suis agent du ministère de la Culture, en charge de l’accueil du public, de la sécurité et des visites commentées. Mon cœur balance toujours entre la musique rock et l’histoire, et je ne veux pas trancher. Mes passions me paraissent tout à fait compatibles et salutaires.


Quels sont tes goûts musicaux et comment as-tu connu les Stranglers ?

J’aime le rock au sens le plus large, je crois. Mais également la musique ancienne ou la chanson française du style Léo Ferré… Pendant ma vingtaine et ma trentaine, je m’étais donné pour mission de connaître le maximum de classiques de la culture pop, mais cette compulsion était initialement limitée par ma réticence à fureter sur le net : je me suis presque toujours procuré les disques, car j’ai un rapport assez old school à l’objet que j’aime m’approprier. Un rapport presque fétichiste. Mais aujourd’hui, même si je dois posséder autour de 1 000 CD, je les écoute trop peu. J’aimerais, pour ce faire, disposer d’un espace adéquat pour m’immerger dans le son. Dans un appartement parisien mal insonorisé, c’est mission impossible. J’écoute donc de plus en plus la radio, en particulier FIP, station sur laquelle alternent pépites, classiques absolus et petites fadasseries contemporaines… Mes « héros » musicaux, excepté les Stranglers, demeurent des artistes comme Tim Buckley, Peter Hammill, Neil Young, Pink Floyd, Leonard Cohen, Gene Clark, Rodolphe Burger, Kat Onoma… Et bien sûr les Doors, mon premier vrai coup de foudre musical, toujours dans mon panthéon. D’ailleurs, même si je savais que JJ Burnel s’était passionné pour ce groupe, cela m’a surpris qu’il les cite autant pendant nos divers entretiens. Après tout, il n’y a pas de hasard…

J’ai découvert les Stranglers vers 2001 ou 2002 ; mon premier disque était Rattus ou No More Heroes, je ne sais plus trop. Je l’avais acheté en solde car j’avais lu quelque part que ce groupe avait fait le pont entre les Doors et le punk, ce qui avait excité ma curiosité. Je n’avais pas du tout établi le lien entre cet album et ces tubes que j’entendais sans en connaître les auteurs, « Golden Brown » et « Always The Sun » ! Mais, dans un premier temps, dans le flot de mes découvertes, les Stranglers ne sont pas spécialement sortis du lot. C’est un peu plus tard que Feline m’a vraiment tapé dans l’oreille, à une période où j’appréciais peut-être davantage les musiques plus soyeuses, plus « nocturnes ». Là, oui, ils m’ont intrigué, et sans me presser, je me suis mis à explorer une bonne partie de leur discographie. Au bout de quelques années, je me suis aperçu que les Stranglers m’étaient devenus indispensables, car synthétisant tout ce que j’aimais dans le rock : la morgue, le mauvais esprit, la noirceur, l’humour, l’élégance, l’intelligence, la mélodie, la puissance… C’est difficile d’expliquer pourquoi on aime profondément quelqu’un ; idem pour des artistes. Je n’ai pas éprouvé de coup de foudre, mais un amour insidieux, à combustion lente, s’est progressivement ancré en moi. Cet amour s’est pleinement révélé à la découverte d’Euroman Cometh, l’un des disques que j’emporterais sur une île déserte. Dès lors, les Stranglers sont devenus une obsession.   


Tu as déjà travaillé sur des projets littéraires relatifs à d’autres artistes ou sur certains albums, tu peux nous donner plus de précisions ?

Comme je te l’ai dit, je n’avais aucunement pour ambition de devenir critique musical. Mais il m’est arrivé, à la vingtaine, d’écrire de petites chroniques sur un webzine culturel aujourd’hui disparu. Le véritable déclic est intervenu lorsqu’un groupe français dont je venais de tomber amoureux, Kat Onoma, s’est séparé fin 2004. Déçu de ne rien lire sur cette dissolution dans la presse, je me suis résolu à leur rendre hommage sur le net. Toute leur discographie commentée et analysée ! Cela m’a conduit à rencontrer les deux têtes de proue du groupe, Rodolphe Burger et Philippe Poirier, et à développer un très gros dossier grâce à leur amitié et leur bienveillance. C’est donc avec eux que j’ai commencé à réaliser des interviews… et des longues, parfois pendant des heures ! Cela m’a sans doute aidé pour le projet de longue haleine que fut, bien plus tard, mon travail avec Jean-Jacques Burnel… Je suis toujours reconnaissant à Rodolphe et Philippe pour ce que j’ai vécu avec eux ; d’ailleurs, nous avons gardé de bonnes relations. Ce sont deux personnes comptant beaucoup pour moi. J’ai d’ailleurs contribué pendant quelques années à des travaux rédactionnels pour le label de Rodolphe Burger, Dernière Bande, effectué grâce à lui deux conférences sur le Velvet Underground, puis dirigé un ouvrage collectif sorti en 2016 aux éditions Filigranes, Éloge du transport, à propos de Rodolphe Burger.      


Au sujet de « Black and White » (livre remarquable) peux-tu nous expliquer l’idée de cette sélection parmi tant d’albums géniaux du groupe ?

Je dois d’abord préciser que l’absence d’ouvrages en français sur les Stranglers avait fini par me peser : je trouvais cette lacune incompréhensible et frustrante. Lorsque j’ai suggéré à Hugues Massello, des éditions Densité, qu’une étude d’un album des Stranglers pour sa collection « Discogonie » pourrait être intéressante, je lui ai dit que je souhaitais travailler sur l’un des quatre premiers disques. Cela faisait quelque temps que j’avais l’ambition d’écrire un essai sur la période « Golden Brown », alors j’avais exclu de ma liste La Folie et Feline pour que ces deux projets d’écriture ne soient pas redondants. Hugues avait une affection particulière pour Black and White, mais il n’était pas contre un essai sur The Raven. En somme, c’était à moi de trancher. Et j’ai aisément souscrit à son choix personnel.    


D’autres albums mériteraient également un tel travail : à en choisir un autre, quel serait ton choix ?

Je ne te surprendrai pas si je réponds… The Raven ! Car mon livre a failli lui être consacré, c’était presque du 50-50. Sinon, j’ai toujours une affection particulière pour Feline, à qui un ouvrage pourrait tout à fait être consacré. Idem pour Euroman Cometh.



Quand j’ai eu l’idée de publier une biographie de JJ, j’ai eu la chance de recevoir le conseil éclairé de Christophe Ménier, qui lui-même te connaissait. Il m’a donné tes coordonnées et nous avons pris contact. Entre nous, je ne savais pas comment le projet allait prendre forme. Mais j’ai senti assez vite que tu étais la bonne personne au bon moment ! Comment as-tu vécu cette période où d’ailleurs rien n’était franchement défini ?

Je te remercie pour ces beaux compliments. Mais, tu sais, nous avions pris contact bien avant que tu me parles de ce projet de biographie ! Je crois que tu en avais le désir depuis longtemps, mais tu ne m’en avais d’abord rien dit… En fait, Christophe (qui avait participé au fanzine Strangulation dans les années 90) m’avait beaucoup aidé pour la préparation de mon Black and White ; une fois celui-ci fini, il m’avait affirmé que tu pouvais, via le blog français, soutenir ce livre, et éventuellement faire part à JJ de cette future parution. Et c’est vrai que le blog a joliment défendu cet ouvrage, un peu occulté car paru en plein Covid acte II : les rencontres prévues en librairie ou sa promotion en radio n’ont malheureusement pu avoir lieu… C’est donc au mois d’août 2020, après avoir gentiment transmis un exemplaire de mon Black and White à JJ, que tu m’as suggéré cette idée de biographie. Ma première réaction fut de me dire : non. Je n’avais jamais rencontré l’artiste et ne me sentais pas apte à écrire une biographie, exercice risqué car guère éloigné du travail de contrebandier, selon moi. Mais très vite, je me suis dit : « Allez, pourquoi pas ? Cela peut être une chance unique, et qui sait ce qui peut se passer ? » Alors, je t’ai répondu que le projet ne m’intéressait que si cette biographie prenait la forme d’entretiens avec l’artiste. Je crois que tu voyais les choses ainsi, alors banco ! J’en étais ravi, mais pour moi ce projet restait très hypothétique ; à ce moment-là, j’étais plutôt dans l’excitation de la sortie de mon Black and White, prévue quelques semaines plus tard.  


Dans un second temps, il a fallu convaincre JJ. Ce fut facile et je le remercie une nouvelle fois pour la confiance qu’il nous a accordée très spontanément. Après, il fallait que tu te rapproches de lui. Parle-nous un peu de ton premier échange avec lui. 

Je me souviendrai toujours de mon émotion lorsque j’ai reçu ton message : « JJ voudrait t’appeler pour te remercier pour ton livre. » Et encore plus lorsque, le lendemain soir, il m’a effectivement passé un coup de fil. Dans le cours normal d’une vie, cela n’arrive jamais que ton artiste favori t’appelle à la maison ! Il y a de quoi être impressionné, et même plus que ça. Mais Jean-Jacques m’a mis tout de suite à l’aise, et cette vingtaine de minutes au téléphone reste le plus beau coup de fil que j’ai jamais reçu. Nous avons parlé de mon Black and White, que JJ avait vraiment apprécié : il a voulu savoir qui j’étais et pourquoi j’avais souhaité écrire sur ce disque. Nous avons également parlé de notre passion commune pour l’histoire, puis le sujet de la biographie est arrivé. JJ m’a fait part de son intérêt, suite à la lecture du bouquin à peine paru, estimant que nous pourrions être sur la même longueur d’onde. Pour finir, il m’a assuré qu’on resterait en contact et qu’il me rappellerait dans les prochains jours. Ce qui est arrivé, en effet, et s’est reproduit dans les semaines suivantes. Le projet était lancé. 


Avait-il déjà une idée de ce qu’il voulait ou pas ?

Oui. Il m’en a fait part dès ce premier échange. Il voulait que cette biographie soit thématique et non chronologique. Il désirait tout cristalliser sur certains thèmes et des passions constitutives de son identité, afin que mes futures questions lui servent de catalyseurs à souvenirs. J’en étais heureux, car je voyais aussi les choses de cette manière. Je me doutais qu’ainsi nous pourrions naviguer de manière « rhizomatique » et moins linéaire qu’en suivant un fil chronologique. Dès le début, il m’a également confié qu’il ne voulait pas se complaire dans le sensationnalisme dont les journalistes britanniques semblent assez friands. Pour eux, il paraît qu’un musicien de rock ne peut être cérébral. Or JJ, comme on le sait, malgré toute la violence et la controverse qui ont environné les Stranglers pendant une certaine période, et dont il était responsable en partie, est une personne cultivée, chez qui le physique s’harmonise parfaitement avec l’intellect. Il avait donc le désir de mettre l’accent sur la complexité de sa personnalité, et montrer que, s’il y a de l’intelligence et de la sensibilité dans la musique des Stranglers, ce n’est pas l’apanage de Hugh Cornwell.


Sans rien dévoiler de cet ouvrage, peux-tu nous parler de la méthode choisie et du temps que ces discussions ont pris ?

L’idée initiale était d’organiser des rencontres à Paris et dans le Var, où nous habitons respectivement. Mais, dès que l’éditeur s’est montré intéressé par le projet, en novembre 2020, nous nous sommes retrouvés confinés. Même si JJ et moi avons continué à nous appeler régulièrement, nos véritables entretiens étaient remis à plus tard. Nous étions à la merci de ce confinement et d’une situation sanitaire assez opaque. Toutefois, cela m’a permis de concevoir un plan assez détaillé, et de l’étoffer sans pression en tombant sur de nouveaux articles, en relisant des anciens textes… 

Très vite, JJ a validé ma suggestion concernant les chapitres thématiques : ils commenceraient tous par la lettre M. Il m’avait auparavant parlé de la « loi des 5 M » qui avait régi sa vie : Musique, Arts Martiaux, Moto, Marijuana, Masturbation. Evidemment, il s’agissait d’une plaisanterie, mais avec un fond de vérité malgré tout ! J’ai alors pensé qu’on tenait là plusieurs chapitres. Je lui ai donc proposé d’ajouter d’autres M de mon cru afin de couvrir toutes les facettes de son expérience et de sa personnalité. Je crois qu’il a trouvé l’idée assez drôle… et cohérente !

Cela posé, voyant que la situation ne s’éclaircissait pas, nous avons décidé qu’il était temps d’avancer et de commencer nos entretiens à distance, via Zoom. Je n’avais jamais procédé ainsi, mais ce qui était d’abord un pis-aller s’est révélé extrêmement pratique : à partir de la mi-février 2021, nous avons ainsi pu « nous retrouver » avec une grande régularité, lui depuis son salon ou sa terrasse, moi depuis ma cuisine ! J’ai vite compris, vu la prolixité de JJ et mon désir d’aller au plus loin avec lui, que ce livre aurait une certaine ampleur. Il n’aurait pas du tout pris cette tournure si nous avions dû organiser quelques rendez-vous « en présentiel », comme on dit maintenant. Au bout d’1h30 ou 1h45, on commence à fatiguer un peu : c’était donc la durée moyenne de nos entretiens. Il me fallait une grosse semaine pour retranscrire, mettre en forme, trouver d’autres questions, pointer des idées à éclaircir… Alors, en général, nous nous retrouvions tous les 10 à 15 jours pour avancer. Il est bien sûr arrivé que JJ ait des obligations mettant ces entretiens en stand-by : il a dû, pendant cette période, finaliser Dark Matters, en faire la promotion et repartir en tournée par deux fois avec les Stranglers. Mais, pour moi, c’était également stimulant de laisser reposer notre travail quelques semaines, sachant que l’artiste en question était dans une phase particulièrement créative et de retour devant son public (dont je fais naturellement partie) !    

Au final, notre livre est le résultat de 24 entretiens filmés, échelonnés de février 2021 à mars 2022. 36 heures d’enregistrement, 420 pages, 12 chapitres : un beau bébé ! Je ne pourrai jamais assez remercier Jean-Jacques pour la confiance qu’il m’a accordée dès le début, et pour son investissement sans faille. Tout au long de nos entretiens, il a fait preuve de ponctualité, d’enthousiasme, de bienveillance et de la plus grande honnêteté. Cette aventure est encore très fraîche, mais je pense qu’avec le recul, son investissement m’apparaîtra encore plus incroyable ! Il faut savoir qu’il a tenu à ne jamais me censurer, tout en prenant le temps de relire au fur et à mesure chaque chapitre achevé, et d’y apporter quelques petites corrections ou suggestions si nécessaire. C’est moi qui ai mis les choses en forme, mais ce livre est tout autant l’œuvre de Jean-Jacques.  


Comment as-tu préparé et organisé tes recherches ? Il te fallait beaucoup de matériel et il en existe beaucoup à son sujet. Là encore il existe une « méthode Anthony » ?

Question difficile… Je n’ai pas théorisé ma méthode. Je pense y être allé à l’instinct, avec (pour être honnête) le socle assez solide de recherches menées sur les Stranglers depuis 5 ou 6 ans. Pour mon Arlésienne d’essai et pour le livre sur Black and White, j’avais accumulé des centaines de pages de notes, de traductions, un répertoire de liens vers des interviews de toutes périodes, des vidéos… Je savais donc à peu près où aller pour esquisser le plan du livre et préparer mes questions par la suite. Mais je suppose que chaque auteur procède un peu comme ça, et pas que dans le domaine de l’écriture sur la musique. Ma méthode n’est pas singulière ; j’imagine qu’un étudiant en master d’Histoire agit de même en composant un mémoire. Sauf que là, il y avait un échange vivant et du rebond ! Il est donc fréquemment arrivé qu’une remarque de Jean-Jacques attire mon attention sur un point particulier, et que, lors de l’entretien suivant, je lui demande de développer davantage cette idée. Il n’a jamais rechigné à revenir sur des choses déjà dites, à les reformuler si besoin, à les étoffer... Les entretiens publiés sont, au final, une sorte de tissu, mais dont la chaîne et la trame sont toujours constitués de la voix et des mots de JJ.    

Je dois également remercier la poignée d’amis m’ayant apporté leur aide, leurs suggestions et leur soutien : toi, bien sûr, mais aussi Christophe Ménier, Chris Acher, ainsi qu’Owen Carne qui a fait un super boulot pour contacter des photographes et nous aider à rassembler des images rares. Je n’oublie pas non plus ma camarade Sophie Le Gallo qui a relu les textes bruts et apporté des corrections fines et pertinentes là où, la tête dans le guidon, je pouvais manquer de recul.



Le fan que tu es avant tout a eu cette chance d’avoir JJ en exclusivité pour un travail introspectif dense et sans filtre. J’imagine que cela t’a permis de mieux le connaître et mieux le comprendre. Correspondait-il à l’image que tu te faisais de lui ? 

J’avais entendu dire que Jean-Jacques, loin de son image intimidante des années 70 ou 80, était un homme très agréable, ouvert et gentleman. C’est d’ailleurs ainsi qu’il m’est apparu dès notre premier coup de fil. Cela s’est confirmé par la suite, dans les grandes largeurs ! Au-delà de la sympathie qu’il m’a tout de suite témoignée, j’ai été touché par sa relative pudeur. Jean-Jacques a beau être franc, volubile et multiplier les traits d’humour (souvent scabreux mais hilarants), il est également pudique. C’est une marque d’élégance. Je savais que sa personnalité était complexe car on le perçoit dans sa musique, mais j’ai découvert en lui une véritable profondeur. Il a dit quantité de choses pendant nos entretiens, mais je crois que ses silences et pointillés sont tout aussi éloquents. J’ai également appris qu’il assumait totalement une forme de puritanisme, en particulier dans sa relation aux choses matérielles, mais c’est tout à fait cohérent pour quelqu’un qui a longtemps vécu sur les terres de Cromwell et, surtout, qui cultive l’esprit samouraï !


Grâce à la qualité de tes recherches comme de tes questions, tu as permis à JJ de s’exprimer avec beaucoup de confort et de profondeur. As-tu eu réellement l’impression d’être allé au fond des sujets, de maîtriser des échanges qui pouvaient à tout moment dériver ou sortir du thème étudié ? 

Que ces entretiens dérivent par moments et partent dans des directions inattendues, c’était formidable : la structuration thématique de nos chapitres et de nos échanges appelait ça. C’est justement ce que j’appelle la navigation « en rhizome », et c’est ce que je trouve le plus excitant. Après, c’était à moi, au montage textuel, de rendre ces échanges cohérents. Il m’est souvent arrivé de déplacer et recombiner des morceaux d’entretiens pour que le parcours soit plus fluide, mais sans jamais trahir les paroles de JJ et la substance de nos échanges. Les lecteurs nous diront si ça fonctionne, mais honnêtement, je crois que oui… Après, on peut toujours creuser plus profondément chaque sujet, de nouvelles interrogations peuvent naître à la relecture, mais dans ce cas, c’est un travail sans fin ! Je n’allais quand même pas retenir JJ pendant deux ou trois ans, ah ah ! Dans le temps imparti, qui était tout de même confortable, je pense que nous sommes remontés assez loin dans ses souvenirs et qu’il a eu le loisir de s’exprimer en profondeur. Je suis donc plus que satisfait à ce sujet, mais peut-être faudrait-il demander l’avis de Jean-Jacques là-dessus ? 


Le choix d’une maison d’édition n’est jamais facile. Parle-nous de l’éditeur Le mot et le reste, et dans un second temps, parle-nous de leur réaction à ta proposition. 

Je suis très heureux que notre livre soit édité par cette maison basée à Marseille. Car je connais Le mot et le reste depuis quinze ans et possède plusieurs de leurs ouvrages, souvent de très bonne facture. C’est par ailleurs un éditeur de renom, prolifique (surtout dans le domaine de la musique), très bien distribué, et au cœur d’un important réseau, ce qui est appréciable pour la promotion de notre ouvrage. Pour tout résumer, Christophe Ménier m’a récemment dit : « Le mot et le reste, c’est la Rolls-Royce de la littérature musicale. » Je ne suis pas loin de le penser.    

C’est le premier éditeur que j’ai contacté – et finalement le seul ! Car Yves Jolivet, son boss, m’a directement appelé dans les deux jours qui ont suivi ma note d’intention. Encore une fois, un seul appel et c’était acté ! J’ai eu beaucoup de chance. Yves, qui est très cultivé et par ailleurs (je l’ignorais) un bon connaisseur des Stranglers, a tout de suite été séduit par le projet. Et il n’a cessé, depuis de le défendre. J’ai eu, par ailleurs, d’excellentes relations avec tous les membres de l’équipe impliqués dans la réalisation de ce livre. Je tiens à saluer, en particulier, le travail du jeune Malo Patron, qui a travaillé avec moi pendant plus d’un mois sur la mise en forme éditoriale, un travail long, fastidieux, épuisant, mais très instructif ! 


J’imagine que le plan promo, prévu pour mi-juin, sera conséquent. Encore une fois et sans rien trahir de ce qui est prévu, sera-t-il possible de nous associer à ce planning ? Nous souhaitons vraiment co-participer à la diffusion de ce livre qui est un évènement en soi (il n’y a jamais eu de biographie sur JJ comme sur Hugh au passage).

Bien entendu ! J’ai commencé à communiquer sur certains événements via les réseaux sociaux, sans tout dévoiler pour le moment. Mais c’est vrai, on peut le dire, plusieurs émissions radio sont d’ores et déjà prévues cette semaine-là, ainsi que des articles et interviews dans des magazines ou quotidiens français de première importance. Sans oublier deux rencontres-dédicaces, d’abord à Brest puis à Paris. J’espère que d’autres événements viendront se caler et, surtout, que la réception du public sera positive. Jean-Jacques le mérite, en tout cas, pour toute son œuvre et pour la personne unique qu’il est. 


Est-il prévu une distribution britannique ? J’imagine que les fans Outre-Manche sont très impatients à l’idée de lire cette biographie.

Ce n’est pas encore dans les tuyaux, mais c’est évidemment une nécessité. Je ne connais rien à cette question d’achat de droits et d’adaptations de livres dans une autre langue, et ça me paraît complexe, mais c’est un objectif à court terme. Jean-Jacques y tient vraiment. Il n’a cessé de me le répéter. En tout cas, nous allons y travailler. J’invite tous les fans britanniques, australiens, américains, canadiens et même japonais à se manifester, quitte à monter une pétition pour qu’un éditeur britannique entre dans le jeu ! 


As-tu d’autres projet en cours ?

Lorsque nous avons lancé ce projet, je venais juste de m’engager pour un autre livre chez Densité : une analyse d’un album de Leonard Cohen, New Skin For The Old Ceremony. J’ai un rapport particulier à cet artiste : j’ai en quelque sorte grandi avec, mon père étant réputé pour être son plus grand collectionneur-archiviste au monde. C’est pourquoi Hugues Massello m’a gentiment invité à travailler sur le poète canadien. Après une longue hésitation, j’ai fini par lui dire que j’étais d’accord. Mais quelques jours après, Yves Jolivet signait mon projet sur Jean-Jacques ! M’étant montré un peu trop gourmand, j’ai vite compris que, malgré le confinement d’alors, bosser simultanément sur deux livres serait très compliqué pour moi. Et je ne soupçonnais pas que le travail avec JJ serait aussi prenant ! Alors, avec la bénédiction de Hugues, j’ai mis Leonard Cohen en veilleuse, mais je ne vais pas tarder à m’y remettre. Je veux d’abord profiter des joies de la publication de Strangler in the light. 


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Black and White, le livre

Jean-Jacques Burnel : Strangler in the light

8 commentaires:

Anonyme a dit…

Superbe interview qui donne envie de lire le livre! Vraiment hâte !!!!

Anonyme a dit…

Interview super intéressante, un grand merci. On s'impatiente donc, maintenant, pour le livre...

RV

Seb aka fakor a dit…

Un projet merveilleux... on a toujours du mal à imaginer tout le taff derrière... je le redis une énième fois, hâte de découvrir tout ça ! Et des félicitations à toi Anthony, à JJ bien sûr, à Christophe et à tous ceux qui ont participé de près ou de loin à cet événement. Un projet qui ce concrétise c'est toujours génial là ça promet d'être fantastique!

Anonyme a dit…

Hate de recevoir le livre, espérant que la période Mark 2 ne sera pas occultée.

Anonyme a dit…

Merci à Anthony pour son travail.

Ophélie M a dit…

Superbe interview, très intéressante! 😊
Et encore bravo Anthony! 😉

AnneLu a dit…

Interview de qualité et vraiment très interessant ! Bravo !!

Rattus Nosferattus a dit…

Hello Anthony, ravi d'avoir fait ta connaissance hier lors de la dédicace de STRANGLER IN THE LIGHT à PARIS. Comme tu peux l'imaginer, j'ai "quelques" photos, films, anecdotes, etc. datant de l'époque préhistorique (1977) depuis laquelle je suis les STRANGLERS ... here and there.
Par ailleurs, bravo pour le travail effectué pour mettre en lumière JJ !