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EN JANVIER, UNE INTERVIEW EXCLUSIVE DE BAZ POUR STRANGLERS-FRANCE

samedi 5 mars 2016

Le Noir et le Blanc

Avec la tournée anglaise "Black and White" qui démarre, le blog français a décidé de se mettre, lui aussi, au noir et blanc pendant tout le mois de mars. 
Vous retrouverez, dans les jours qui viennent, chroniques d'albums, de concerts et explications sur le troisième album.


Commençons par une évidence. Il n’est jamais facile pour un groupe qui a sorti avec succès un bon premier disque d’enchainer avec un second de même facture. C’est presque toujours un passage difficile où le succès souvent imprévu du premier porte une ombre trop grande à celui qui lui succède. Si l’impatience des médias comme des fans est souvent maximale dans l’attente d’une confirmation quasi fantasmée, ces derniers récoltent fréquemment un résultat qui alimente au mieux du scepticisme, au pire une déception qui confine parfois au malentendu.

Pour les Stranglers, le problème ne s’est jamais posé. Car ils ont réussi le tour de force de sortir coup sur coup deux lingots enregistrés quasi simultanément et qui représentent les 2 faces d’une seule et même pièce de monnaie ! Une double salve musicale qui ne doit rien à personne, à commencer par ces dizaines de labels et de journalistes qui trouvaient, à l’époque, ce groupe désespérément nul. « Rattus » et « No more heroes » ou l’histoire manquée d’un vrai faux double album d’anthologie qui conjugue brillamment une cohérence d’écriture remarquable à un cadre musical unique car décalé, en pleine effervescence punk. C’est également la mise en avant détonante de deux instruments exceptionnellement saillants qui signera définitivement l’empreinte sonore du groupe. La basse qui quadrille, sillonne et creuse des fondations sur lesquelles les claviers de Dave Greenfield se posent pour assembler des motifs mélodiques d’une rare efficacité. Coté texte, Jim Morrisson croise le Professeur Choron avec un bonheur qui donnerait la migraine à plus d'une féministe. Crues et alambiquées, voire salaces par moments, mais déjà annonciatrices d’ambitieuses envolées conceptuelles, les paroles du groupe les classent dans une catégorie artistique hors sol, celles de sauvages érudits !

Avec la sortie en 77 de ces deux frères jumeaux, les Stranglers soldent, dès 78, l’épineux doute du second album et s’apprêtent à ouvrir un nouveau chapitre dans leur discographie. Le temps est donc prêt pour « Black and White ». Post-punk et presque expérimental, cet album ouvre d’autres horizons. Les sujets traités s’élargissent et proposent d’explorer d’autres univers, mêlant avec un égal bonheur la littérature nippone, la science-fiction, les lointains rivages du nord aux affres de la météo sociale scandinave.

« Black and White », c’est avant tout deux faces sans concessions photographiées dans un étui visuel par Ruan O'Lochlainn. Couverture où la nuance, l’entre deux et la demi-teinte sont définitivement rayés d’un trait de médiator. Sur la pochette, Jet et Dave sont aux avant-postes d’une mise en scène que ne renieraient en rien d’inquiétants Frères Jacques mal intentionnés !


Revue partielle de ces quelques nouveaux titres yin et yang

Le premier titre du disque donne le ton. Le groupe change de cylindrée et fait rugir le moteur. « Tank » qui ,sur scène, annonce immanquablement un véritable déluge sonore, lance les hostilités. Acclamé, réclamé et encensé par le public, ce titre synthétise à lui seul le changement de registre du groupe. Plus agressif au bénéfice d’un son plus abrasif, « Tank » est digne d’une attaque blitzkrieg. Roulement martial de Jet et claviers en mode Orgue de Staline de Dave, l’entame de l’album annonce la couleur. En l’occurrence, aucune ! Sur le pavé mosaïque de leurs nouvelles intentions artistiques, les Stranglers ne font pas les bordures. Une première face relativement homogène composée de 6 titres paradoxalement asymétriques et au verso, une face plus tortueuse et inquiétante avec des morceaux moins immédiats.

Sur ce damier crypto-pop, en case blanche « Nice 'n' sleasy » se pose en digne héritier de « Peaches » avec sa ligne de basse légendaire et ses nouvelles envolées synthétiques. Un pion plus haut sur l’échiquier « Outside Tokyo » ralentit la charge et présente une nouvelle forme de proto valse qui fera ultérieurement le succès du groupe.

« Toiler on the sea » clôt magistralement la première face en posant une pierre, un jalon dans ce qui constituera le nouveau répertoire scénique du groupe. Ce titre devenu, au fil des ans, un classique permet de déployer en concert la puissance créative du groupe. L’intro au papier de verre de JJ qui voit ce dernier triturer énergiquement ces cordes, demeure inégalée à ce jour en terme d’entame de set.

Face sombre, le groupe débute avec l’entrainant « Curfew », un des titres phares de l’album. Jet donne le ton sur « In the shadows », réminiscence ténébreuse et grinçante de ses débuts jazzy.

Pièce maîtresse centrale et dédoublée de cette seconde face, « Do you wanna » et « Death and night and blood » s’accouplent dans un enchainement qui voit une nouvelle fois la basse de JJ se lier telle une liane métallique aux parties de claviers à la fois lumineuses et inquiétantes de Dave. A noter le jeu tout en finesse de Hugh qui vient enrichir ce morceau exécuté comme un kata.

Moins évidente que la première face, le côté obscur de B/W se révèle comme un exercice musical sans concessions. Le groupe tente, expérimente et prend le risque d’aiguiser un son plus large au profit d’un répertoire plus ambitieux.


Goodbye Manzarek , bienvenue aux vikings et aux synthés !

Presque décousu en apparence, B/W renferme une puissance créatrice qui annonce déjà la sophistication du corbeau à venir. Les temps sont durs, le punk débute sa lente agonie et une certaine Margareth s’échauffe derrières les corons. En 78, tout est sale, noir, maussade et sans espoir.

Les Stranglers, eux, en fidèles reflets de leur époque, témoignent de ce marasme ambiant. Sans poser pour la gloire et sans flatter les décideurs, le groupe fixe son cap. Et ce dernier n’est pas négociable.


Avec Black and White, plus rien ne sera comme avant...

2 commentaires:

FÉLINE a dit…

Les stranglers ont créé leur propre son.A quand les prochaines dates françaises?.Merci pour les articles.

Fakor a dit…

Une bien belle review aux des mots choisis avec justesse! Bravo à l'équipe du blog!