samedi 4 février 2017

Xcert : le Live brutal

Quoi de mieux pour commencer l’année que de rendre hommage aux Stranglers à travers ce « live » ? Un disque qu’Audiart n’aurait pas hésité à qualifier d’ enregistrement pour « homme » ! Du brutal sans le petit goût de pomme et les larmes qui vont avec. D’après Lulu la Nantaise version Guildford, on en aurait même connu qui en seraient devenus sourds …
Car ce « live » est en effet particulier. Il reflète ce que le groupe pouvait donner sur scène à une époque où il ne faisait pas bon regarder ses pompes au premier rang. Les Stranglers cognent au sens plein du terme. Ils jouent vite, avec vélocité et férocité. Le son du « live » est sale, à la limite d’un bootleg mal dégrossi. La pochette conçue par John Pasche fait référence au mini-scandale déclenché par l'utilisation de strip-teaseuses à Battersea Park en septembre 78. 
Testostérones et latex, sueur et crachats, le décor est ainsi planté !

Souvent qualifié de brouillon, voire de partiellement raté, ce disque reste et restera pourtant comme le témoignage officiel (période EMI) d’une époque où le groupe jouait chaque soir sans se projeter plus loin que le lendemain. Car depuis 4 ans les Stranglers font peur… et font tâche dans le paysage musical anglais !

Après eux , rien ne repousse ! La concurrence pourtant existe et elle plutôt bien fournie. Mais aucun groupe punk ne peut rivaliser avec ce quatuor sulfureux aux mines patibulaires. A leurs côtés, les Pistols semblent sortir d’un Kinder Surprise. Pour les Stranglers en ce début d’année 79, les choses sont simples : les médias ne peuvent pas les blairer, les autres groupes les fuient comme la peste et pourtant les salles sont pleines tous les soirs ! A l’image de ces concerts au Roundhouse qui verront le groupe, deux ans plus tôt, remplir cette célèbre salle londonienne 5 soirs d’affilée!

Le pass d'un concert à la Roundhouse.
On notera au passage le public attendu : de jeunes et jolie femmes ! 

Sorti le 23 février 1979, ce Live XCert qui devait avant tout faire patienter les fans, se partage en deux parties. D’abord principalement alimenté par les enregistrement du Roundhouse (novembre et juin 77) , il est complété par 4 titres tirés du fameux concert au Battersea Park (16 septembre 78). Fameux car dans le cadre de ce mini festival, le groupe avait eu la bonne idée d’inviter sur scène quelques groupies légèrement vêtues. Rien de tel que de voir évoluer quelques nuisettes en plein cagnard, le tout rythmé par l‘ensorcelante ligne de basse de « Nice 'n' sleazy ». Sur la face B du live Xcert le choix se portera sur trois morceaux de « Black and White » à savoir « Curfew » et les deux titres couplés tels des frères siamois « Do you wanna » et « Death and night and blood ». Pour compléter le tout, la fin du disque offre un boulevard à ce titre qui ne figure sur aucun des trois premiers albums, à savoir le célèbre et toujours aussi culte « Go buddy go ».


Le fameux concert de Battersea Park (septembre 1978)

A la réception de cet ovni musical cabossé et peu engageant, l’accueil du public est néanmoins positif. Il faut dire que la demande pour le groupe est tellement forte que le LP se classe malgré tout à la 7e place des charts britanniques. Pour le groupe, qui commence à avoir une idée de la direction qu'ils vont prendre, ce live marque aussi la fin d'une époque. JJ déclare ainsi au NME : "l'album live a été enregistré parce que c'est la fin d'une période musicale en ce qui nous concerne, alors nous avons pensé que ce serait bien d'avoir une compilation des trois premiers albums. Et le rock doit se vivre en concert ». Bien vu, tout est dit.

Alors que retenir de ce disque tant décrié, voir quasi renié par tout le staff avant, pendant et après sa sortie dans les bacs ? Pour ma part, quatre éléments sont à retenir de cette bouillabaisse sonore : l’attaque vocale de Hugh sur « Grip » ; la petite ritournelle de Dave sur la teigneuse version de « Burning up time » ; le son sidérurgique de JJ sur l’entame de « Do you wanna » ; et enfin le jeu serré de Jet qui, en vieux briscard, cimente une set list un peu branlante après 5 soirs de suite à jouer dans la même salle.
Ce qui fait probablement peu de choses, je vous l’accorde. Mais l’ambiance générale de ce disque témoigne avant tout de la dimension brute, physique et marquante du groupe. Voir un concert des Stranglers à cette époque, c’est l’assurance de prendre dans le buffet un répertoire carré, joué sauvagement. Le reste relève de la poésie.
Mais c’est aussi pour le groupe la fin d’un premier cycle. Place désormais à plus d’ésotérisme dans les textes et plus de raffinement dans les compositions. Une page se tourne et déjà le groupe s’envole vers d’autres horizons …

3 commentaires:

Anonyme a dit…

c'est par ce disque que je me suis introduit parmi les stranglers...A ce jour, je ne suis toujours pas redescendu !!!
youz

FÉLINE a dit…

Harrg il me le faut la photo est trop belle et l article trop bien écrit. Je trépigne dans mes bottes.

Seb aka fakor a dit…

J'adore lire des vilainetés sur les stranglers, parce que c'est tout à fait l'image que j'en ai à leurs débuts: sales, repoussants et franchement pas fréquentables. Ce live, malgré un son un peu underground, montre quand même des musiciens très pros et comme vous dites, on en prend plein la figure! C'est vrai qu'il marque la fin de la période la plus violente du groupe. En tout ça c'est toujours un plaisir d'écouter "X-cert"! Bravo à vous pour ce bel article qui fleure bon la passion pour nos men in black ;)