jeudi 7 mai 2026

Une soirée avec Deleyaman, Fanny Ardant, Jean‑Jacques Burnel ...et Paul Éluard

Le 16 avril 2026, la Maison de la Poésie à Paris a vibré au rythme d'un rendez-vous inattendu : un hommage à Paul Éluard réunissant l'actrice Fanny Ardant, le bassiste des Stranglers Jean-Jacques Burnel et le groupe Deleyaman. 

Dans l'intimité d'une salle de 200 places, les interprètes ont entremêlé déclamation de vers surréalistes et compositions musicales enveloppantes. Une soirée où la frontière entre musique et littérature s’est effacée, faisant place à une « poésie ininterrompue ».

 

Les 15 et 16 avril derniers, il n’était pas nécessaire de scruter une quelconque application de géo localisation pour se rendre de Beaubourg à la Maison de la Poésie. Le raccourci terrestre comme symbolique est troublant. Le temps est passé vite. Comme toujours. Depuis la sortie d’ « Euroman cometh », JJ a porté loin sa basse et son kimono. Ce soir, il ne lui restera sur scène que le noir de ses vêtements, sans artifices et sans le filet protecteur de ses propres étrangleurs.

Devant l’entrée de la Maison de la poésie, une petite file de personnes se forme rapidement. Il n’est pas très compliqué de repérer quelques fans venus pour JJ quand d’autres attendent de voir sur scène la dernière grande diva du cinéma français. Parmi toutes ces personnes, peu savent que ce projet poétique et musical est d’abord et surtout porté par le compositeur et fondateur du groupe Deleyaman. 

Aret Manilian a conçu cet hommage à Paul Eluard en associant musique et texte, sans césure et avec toute la subtilité nécessaire dans l’art de faire jongler les lettres avec les notes.  Ce spectacle voulu par la petite fille de Paul Eluard c’est d’abord le sien mais aussi celui de son groupe, de Béatrice et d’un surprenant JJ dont on ne pouvait imaginer la présence sur une scène de théâtre.

 

La Maison de la Poésie est un petit théâtre de 200 places, niché au fond d’un local dont la façade ressemble davantage à une devanture de librairie. Une petite bonbonnière qui se remplit très vite et qui ce soir permettra aux artistes de jouer dans le confort d’une jauge adaptée à ce type de représentation hybride.

Il est vingt heures et les musiciens prennent place. Au milieu de la scène, deux chaises sont réservées à JJ et Fanny Ardant. Les deux interprètes arrivent ensemble, sobrement. L’un tout de noir vêtu et l’autre habillée d’une magnifique robe rouge. L’effet est réellement troublant, voire déroutant pour JJ. Mais inutile de s’épancher, car c’est lui qui s’approche déjà du micro. Volontaire et texte en main, JJ débute la lecture des poèmes. Le défi est redoutable pour notre cher bassiste. L’accent, la diction, le rythme ? Pari réussi, pas une faute, pas un trouble, pas une hésitation. Le duo enchaîne à tour de rôle les textes, entrecoupés des chansons de Deleyman. Aret Manilian et son groupe ne font pas qu’accompagner. Ses musiciens font partie intégralement du spectacle. La musique est omniprésente et s’intègre totalement aux déclamations poétiques de JJ et Fanny Ardant. Si le premier soir, comme pour « toute première », avait donné lieu d’après Aret Manilian  à quelques hésitations, cette deuxième date donne l’impression contraire. La complicité entre les deux artistes est visible et le fondu musique et texte fonctionne à merveille. Les poème d’Eluard sont déroutants. Presque simples en apparence, ils font se télescoper des images  qui relèvent du rêve ou de l’inattendu. C’est la marque du courant surréaliste, des associations d’idées qui ne relèvent pas de la logique mais du choc des images évoquées par les mots. Je pense sur le coup à l’album solo « Un jour parfait » ou d’une façon plus générale, aux textes des Stranglers qui sont toujours étagés en plusieurs strates de sens possibles. 

De son côté, Fanny Ardant, majestueuse, irradie la scène de sa présence envoûtante. Une élégance absolue portée par une voix unique qui ensorcelle un auditoire déjà conquis par ses premiers vers. Aret Manilian , très concentré dans son rôle de maestro donne sobrement le ton. A noter, le titre « Brahma » joué à la basse par ce dernier et qui donne des fourmis aux Docs à JJ comme au public !

La fin du spectacle approche. Un feu nourri de percussion vient annoncer le final. Pendant une heure trente, les deux artistes se sont relayés pour rendre hommage au poète et à son l’amour de la liberté. Le clap de fin voit le groupe Deleyaman entouré JJ et Fanny Ardant pour saluer et remercier un public ravi. La petite troupe quitte la scène sous un feu nourri d’applaudissements.


C’est en compagnie de ma tendre moitié et de mon camarade Eric Naulleau que nous attendons  dans le hall pour prendre un verre avec les artistes du soir. J’en profite pour saluer Jules et Simon, les deux tourneurs qui font jouer les Stranglers en France. Toujours sympa de les voir en dehors des tournées du groupe.

Nous laissons JJ signer quelques disques puis nous entamons ensemble une discussion sur le spectacle. Eric Naulleau est très impressionné par la performance de JJ. Pour une première fois, c’est un sans-faute. JJ a beaucoup travaillé, notamment avec une comédienne qui lui a donné des cours de diction. Je lui signale au passage qu’il serait peut-être temps de penser à un nouvel album solo en français… L’idée lui plaît et il y pense. De son côté Fanny Ardant se prépare à prendre un taxi moto et JJ finit de discuter avec Aret Manilian. Nous profitons avant de partir, de remercier une nouvelle fois Aret et nous prenons l’engagement amical de nous recontacter au plus vite.

La soirée est terminée. Trop vite. Comme toujours. « Euroman » est reparti mais l’histoire ne peut pas s’arrêter ainsi. Une suite ? Autrement ? À voir.


Stéphane

Photos: Stéphane et Les instants magnétiques

Artistes : Aret Madilian : voix, guitare, piano, basse, percussion ; Béatrice Valantin : voix, clavier ; Artyom Minasyan : duduk ; Jean-Hugues Mauté :  basse ; Benoit Fournier :  batterie ; Madalina Obreja : violon ; Pierre Baillot : sax soprano, oud, ney ; Eric Plandé : sax ténor ; Fanny Ardant & Jean-Jacques Burnel : voix.

Setlist : 1. “Living Man” (Inédit) ; 2. “A Tale” (The Sudbury Inn) ; 3. “Brahma” (Fourth, part two) ; 4.“Electric Sky” (Sentinel) ; 5.“ Empathy” (Inédit) ; 6. “Juillet” (The Edge) ; 7. “Change Things” (Fourth, part two) ; 8. “Book of Change” (Fourth, part one) ; 9. “Traffic Lights” (Fourth, part one) ; 10. “Wind of the Sea” (Inédit) ; 11. “Black Rainbow” (Second).

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«Éluard, une Poésie ininterrompue», par Deleyaman, Fanny Ardant & Jean‑Jacques Burnel
Aret Madilian : I feel like ...Eluard

=> Maison de la Poésie : https://maisondelapoesieparis.com
=> Paul Eluard (Site officiel) : https://eluard.org
=> Deleyaman : https://www.deleyaman.com
=> Les instants magnétiques : https://www.youtube.com/@lesinstantsmagnetiques

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