jeudi 9 avril 2026

Aret Madilian : I feel like ...Eluard

Nous avons le plaisir de vous présenter une interview du fondateur du groupe Deleyaman. Aret Madilian est fan des Stranglers depuis son plus jeune âge. Il a composé, avec sa compagne Béatrice, la musique du spectacle qui sera joué à la Maison de la poésie les 15 et 16 avril prochain. 

Musicien autodidacte et raffiné dans ses goûts musicaux, Aret nous délivre dans ses propos, l'histoire étonnante de sa vie. Merci à lui pour ce témoignage passionnant et à très vite sur les planches à Paris pour  découvrir le spectacle qui verra JJ répondre à Fanny Ardant.


Bonjour Aret, je suis très heureux de t’accueillir sur notre blog. Je te remercie une nouvelle fois d’avoir accepté notre demande d’interview. Comme je te l’ai indiqué, nous sommes à travers ce blog les représentants officiels des Stranglers en France. Et comme le soutien et l’appui de JJ ont été constants dans ce projet qui dure depuis maintenant 14 ans, il nous a semblé logique de s’intéresser à son projet solo et théâtral avec Fanny Ardant. Projet surprenant et original pour JJ et qui est construit autour des poèmes d’Éluard comme de votre musique. Mais commençons par le début, qui est Aret Madilian ? Parle-nous un peu de toi avant d’évoquer ton groupe Deleyaman.


Je suis né à Istanbul, au sein d’une famille gréco-arménienne qui a émigré aux États-Unis, à Los Angeles plus précisément. Adolescent, je me suis très vite intéressé à la musique, punk notamment. J’ai rapidement créé un groupe car je jouais déjà du clavier. Grâce à une copine bassiste qui elle-même était déjà dans un groupe punk de Los Angeles, j’ai pu me rapprocher du label SST Records. Ce label regroupait beaucoup de groupes punks dont certains très connus comme Husker Du, Black Flag, Meat Puppets. L’ingénieur du son qui travaillait avec le label SPOT (Glenn Lockett), m’a pris sous ses ailes car il aimait bien ce que je faisais avec mes synthés. Il m’a proposé de produire un premier 45 tours. J’ai vraiment commencé à comprendre le processus de l’enregistrement en studio grâce à lui. À la sortie du disque, j’ai été contacté par un autre bassiste et nous avons créé un groupe que nous avons appelé WOG en référence à une chanson des Stranglers. 

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J’étais fan du groupe et j’avais été très impressionné par l’album « Feline » et surtout par le titre « Midnight Summer Dream ». Comme je jouais des claviers, j’ai adoré cet album. D’ailleurs je faisais partie de la scène punk locale alors que j’aimais et je jouais une musique un peu différente ! Difficile à expliquer mais c’était ainsi. On jouait une musique très mélodique, dans un esprit plus new wave que punk. Puis nous avons participé à un concours organisé par une célèbre radio locale (KROQ) qui réunissait des groupes qui n’étaient pas signés par des « majors ». Il y a eu plus de 600 groupes qui ont participé à ce concours. Nous avons gagné la première place et le label MCA nous a fait une proposition de signer un contrat de cinq ans. Nous avons refusé, nous ne voulions pas nous engager à long terme de cette façon. Le premier album de WOG est sorti en 1988 et puis nous nous sommes séparés et chacun a fait son chemin. Je suis alors parti en France (des labels en Hollande étaient intéressés par notre album). Entre 1989 et 2000 je travaillais un peu de façon désordonnée. J’essayais surtout de m’habituer à la France et du coup d’avoir une autre façon de penser le monde. Ça m’a fait beaucoup de bien. Je suis resté à Paris jusqu’en 1995. Puis je suis reparti à Los Angeles pour composer des titres à base de piano solo. J’ai enregistré deux albums. Je voulais me prouver que je pouvais jouer sans l’aide de l’électronique, des synthés, etc. C’était un défi personnel. J’étais très inspiré par Erik Satie mais aussi Claude Debussy. J’adorais et j’aime toujours les mouvements artistiques de cette époque. 

Puis après ces deux années je suis revenu en France. J’ai eu envie de composer à nouveau avec mes claviers et j’ai finalement créé le groupe Deleyaman. À cette époque j’ai rencontré Béatrice, l’actuelle chanteuse du groupe.


Quel est ton parcours musical, comment as-tu débuté la musique ?

Je suis autodidacte. J’ai juste suivi six mois de cours dans une école de musique mais j’ai eu rapidement un problème avec l’enseignante. J’avais une très bonne oreille et je ne voulais pas suivre les partitions ou la façon de poser les doigts sur l’instrument. J’ai quitté cette école et j’ai continué. Je pense que tout cela était le fruit d’un peu de rébellion, de fainéantise et de vouloir surtout rester original dans ma démarche. Il ne faut pas oublier que la musique, à son origine, n’était pas écrite. Son codage est venu très tard. Mais il faut bien dire qu’il y a aussi une forme d’injustice car certains ont déjà en eux le sens du rythme ou de ce qui peut être harmonieux et d’autres pas du tout.


Les Stranglers ont une empreinte sonore bien propre à eux. Les parties de claviers comme la place et le son de la basse en sont une double caractéristique originelle et majeure. Toi qui es multi-instrumentiste, tu préfères jouer sur un instrument en particulier ?

J’ai débuté avec un orgue Hammond. J’avais treize ans. Mon oncle avait un petit studio chez lui avec un orgue. J’étais fasciné par cet instrument. Mon père m’a alors proposé d’en acheter un. À partir de là je jouais toujours dessus, avec tous les petits accompagnements qui y sont associés. C’était un très bel instrument en bois. Puis très rapidement je me suis aperçu qu’il fallait travailler aussi avec d’autres instruments. Brian Eno disait dans une conférence que la composition dans un studio ressemblait plus à faire de la peinture avec une palette de couleurs que de jouer juste de la musique. On peut tout « retoucher » chaque jour. On peut ainsi composer tout un univers à partir de rien.


Tu as formé un groupe (Deleyaman) qui a la particularité d’être franco-américain. Basé en 2000 en Normandie, tu t’es associé à une chanteuse française. Comment s’est faite la rencontre avec Béatrice Valantin qui est l’autre chanteuse du groupe ?

Il n’y a pas un chanteur principal. En fonction des morceaux, on partage le chant. Tout se fait assez naturellement. Je l’ai rencontrée lorsque je suis revenu des États-Unis. J’ai décidé alors de louer une maison à la campagne. C’était beaucoup moins cher que louer un appartement à Paris. En plus j’avais plus d’espace pour recevoir des amis, des musiciens. Béatrice est venue avec son ami qui était musicien. Et un soir je l’ai entendue chanter, notamment des chansons de Barbara. Nous étions en 1998/1999.

Un an après j’avais en tête le projet de fonder Deleyaman. Et je lui ai demandé si cela pouvait l’intéresser. Elle a accepté d’enregistrer plusieurs titres car nous étions vraiment en phase. Tout s’est fait très spontanément, facilement. Nous avons également noué une relation plus personnelle…


Gérard Madilian (est-ce ton frère ?) joue dans le groupe du duduk arménien. En quoi cet instrument est spécifique, voire spécifique à votre musique ?

Non ce n’est pas mon frère mais il y a probablement des chances que nous soyons issus de la même famille. Mais son histoire est incroyable. En 1992, j’ai reçu un coup de fil, il m’avait trouvé sur Minitel. Mais à cette époque je ne souhaitais pas le rencontrer. J’ai trouvé une excuse polie pour décliner sa proposition de nous rencontrer. Mais en 1997 quand je suis revenu en France, il me rappelle. C’était gênant pour moi de refuser à nouveau. On s’est donné rendez-vous à Paris. En marchant dans la rue, je lui pose la question de savoir ce qu’il faisait dans la vie. Il me répond qu’il est musicien et qu’il joue du duduk. C’est un vieil instrument en bois d’abricotier dont l’origine remonte à plus de 3 000 ans et qui est inscrit au patrimoine de l’UNESCO. Je lui propose d’aller l’écouter chez lui. Il avait plein de duduks, de toute la région du Caucase. Mais c’est d’abord un instrument arménien, avec un son magnifique, proche de la voix humaine. Je lui ai proposé quasi immédiatement de venir jouer avec nous en Normandie et même d’intégrer le groupe. Il a accepté et le groupe s’est ainsi constitué avec nous trois.


Votre musique se déploie dans un format quasi cinématographique. C’est une musique qui prend tout son relief en étant associée à une expression scénique de type théâtral ou même simplement visuelle via des clips ou le cinéma. Tu composes ta musique en projetant des notes comme de possibles images ?

Au début, non. Mais un peu quand même ! C’est surtout l’expression de ce que je ressens au moment de la création. J’essaie d’être le plus proche de mon ressenti. Les mots sont toujours des barrières entre nous. Ils réduisent le sens de ce que tu ressens.

Voir un coucher de soleil c’est toujours plus fort que de l’expliquer. Je tente de court-circuiter les mots pour aller vers des images qui se matérialisent ensuite par des sons.


Le côté intimiste et parfois presque expérimental de ta musique crée une atmosphère propice à l’introspection. J’ai l’impression que c’est une marque de fabrique du groupe. J’écoutais dernièrement le dernier disque du groupe anglais « And Also the Trees » ainsi que celui des Apartments, ces deux groupes évoluent aussi dans ce type d’atmosphère musicale. C’est lié à ta personnalité ? À une certaine forme de nostalgie et donc de mélancolie ?

Oui je connais ce groupe. Je suis ami avec le chanteur Simon Jones. Tu as dit le mot-clé pour moi : l’introspection. On a besoin d’aller de l’intérieur vers l’extérieur. Il faut sortir de cet univers qui nous submerge d’images au quotidien. Un univers où l’on passe du coq à l’âne en quelques secondes. On a besoin de silence, d’intimité.


Vous avez enregistré près de neuf albums. Et je n’ai pu m’empêcher de penser à plusieurs reprises au groupe ou plutôt au duo Dead Can Dance. Mon intuition ne m’a pas trompé car j’ai découvert que vous aviez travaillé à plusieurs reprises avec Brendan Perry. Comment s’est faite la rencontre ?

On a souvent été comparés à Dead Can Dance, notamment dans la presse spécialisée. Je ne connaissais pas vraiment Dead Can Dance, j’étais surtout fan des Stranglers, Joy Division, OMD, Wire. J’étais fan des Stranglers car j’aimais la volonté du groupe à vouloir être lui-même. D’avoir sa propre signature musicale. Les Stranglers m’ont beaucoup influencé à ce niveau. Mais comme on était souvent comparés à Dead Can Dance, je me suis mis à découvrir leur univers que j’ai beaucoup aimé. Je comprenais mieux les comparaisons avec Deleyaman.

Bref, en 2015, Brendan Perry nous contacte car il avait eu écho de notre groupe. Il s’installe en Bretagne, pas très loin de Dinard. Nous avons d’abord échangé par écrit puis il nous a appelés. Il voulait nous rencontrer. J’étais ravi et nous sommes devenus proches assez rapidement. D’ailleurs avant que tu ne m’appelles, j’étais en ligne avec lui. En 2016 il a proposé d’enregistrer deux titres avec nous sur notre album. En 2019, à la fin de sa tournée solo, il est passé nous voir et nous a proposé de reprendre deux titres de notre répertoire, “Autumn Sun”, pour les jouer avec Dead Can Dance. Mais nous sommes surtout devenus des amis, pas seulement des voisins, non, mais vraiment des amis.


Au fait comment as-tu rencontré JJ ?

J’ai rencontré JJ en 1994. J’étais à Paris et je travaillais dans un magasin de cuirs pour motards (je suis également motard). Je travaillais pour pouvoir payer mon loyer tout en continuant à faire de la musique. Un jour je mets une K7 des Stranglers dans la boutique. Un type qui passe par là me dit « tu connais les Stranglers ? » Je lui réponds que je les aime beaucoup. Le type me dit « attends, je reviens, je vais te donner le téléphone de JJ et tu pourras l’appeler ». Je trouvais ça un peu curieux mais j’accepte de prendre le numéro et comme pour relever un défi, j’appelle depuis une cabine téléphonique le numéro qui est basé à Cambridge. J’ai laissé mon numéro et JJ m’a rappelé le lendemain. En fait je lui ai expliqué que j’étais fan des Stranglers, que j’étais musicien, mais que je n’avais pas grand-chose de plus à lui dire. On a malgré tout parlé de moto, bien plus que de musique. Puis je suis parti à Los Angeles et nous avons gardé une relation assez espacée mais régulière. Je recevais de temps en temps une carte postale. En 2007, j’ai vu qu’ils étaient en concert, pas loin du Havre. Je lui ai écrit et il m’a invité mais je ne pouvais pas y aller. J’avais un concert à jouer le même soir. En 2017 j’ai pu enfin le voir au Tetris (Le Havre) lors de la tournée française des Stranglers. C’était la première fois que je le voyais et réciproquement. Nous sommes restés « backstage » une petite heure, avec Béatrice, et Dave qui étaient là aussi avec Baz et Jim. Puis, le temps passe et plus récemment je reçois un appel et un petit mail de sa part dans lequel il dit qu’il aime ce que nous faisons avec Fanny Ardant.
À ce sujet, nous avions rencontré la famille Claire Sarti, la petite-fille du poète surréaliste Paul Éluard. Elle était venue voir un de nos concerts à Paris. Elle souhaitait monter un « concert-lecture spectacle » de poésie avec une partie musicale composée et jouée par Deleyaman. Béatrice et moi, nous avons trouvé l’idée intéressante. Béatrice a choisi les poèmes les plus subversifs avec comme idée d’interprètes, un homme et une femme pour se répondre. Dans ce duo j’ai pensé immédiatement à JJ pour donner la réplique à Fanny Ardant. Je lui ai proposé l’idée et il a accepté de faire partie du projet avec enthousiasme.


En tout cas, on ne l’attendait pas forcément sur les planches avec une telle comédienne…

Oui et non, il a toujours eu cette approche un peu « intello », ou poétique de la musique. Regarde « Euroman Cometh », disque très surprenant pour l’époque ou même son album “Un jour parfait” que j’adore. JJ était bien plus que le « bad boy » de l’époque. Son côté français a énormément apporté au groupe. Il n’y avait que lui pour apporter cette touche ou ce côté ambigu, sensuel et intimiste. La dimension quasi lyrique ou très poétique de titres comme « La Folie » ou « N’emmène pas Harry » est due à cette sensibilité franco-britannique, lettrée et très personnelle. Le côté surréaliste est très marqué chez les Stranglers. À seize ans tu ne comprends pas forcément tout ça. Mais aujourd’hui le parcours du groupe et de JJ sont assez cohérents, voire logiques. Il a énormément contribué à cette identité artistique si particulière des Stranglers.


Vous avez travaillé également avec l’actrice Maruschka Detmers, notamment au Festival Terres de paroles. Comment se construit un tel spectacle où vous ornez musicalement le texte de la comédienne sans en effacer la présence et inversement sans que cette dernière ne se dissipe dans les brumes ou les lumières de vos compositions ?

En tout cas merci beaucoup pour cette question ! Tu as su voir l’essentiel de notre travail. J’ai rencontré Maruschka lors d’un concert dans une église. Elle nous a invités chez elle, en Normandie. Nous sommes devenus assez proches. Nous avons donc travaillé ensemble. J’ai aimé sa voix et j’ai pensé que nous pourrions faire un spectacle ensemble. J’ai indiqué au programmateur du Festival que je voulais, faute de pouvoir avoir Fanny Ardant qui était déjà prise sur un autre projet, faire le spectacle avec Maruschka Detmers. Après quelques hésitations, ils ont accepté ma proposition. À partir d’un texte de 24 minutes, l’enjeu était d’éviter de rendre le spectacle barbant. Nous avons donc décidé de partager le texte en trois parties de 8 minutes avec de mon côté, une création musicale qui donne tout le relief au texte. Il ne s’agissait pas de faire seulement de l’accompagnement. C’était difficile au départ car il fallait trouver un bon équilibre entre le texte et la musique. Le thème musical doit se déployer tout en ayant une accroche qui retient l’écoute du spectateur. Avec le jeu des lumières, la comédienne apparaît ou disparaît, la musique poursuivant les mots qu’elle ne prononce plus. Tout est tamisé, tout est en transition. Le texte et la musique ne se font pas concurrence.


Sans trahir quoi que ce soit, vous avez déjà répété ensemble ?

J’ai envoyé un fichier musical à Fanny et JJ. C’est la trame qui servira au spectacle qui sera sans arrêt, sans pause. Tout sera plus lié et joué en continu. Fanny et JJ viendront lire leurs textes comme s’ils étaient dans un espace créé pour eux, un peu comme dans une « poche » au milieu de la partie musicale.


JJ comme musicien se laisse porter par tes compositions ? Il n’a pas le réflexe de vouloir s’exprimer à ce sujet ?

Non, je le trouve très respectueux car il doit faire un très gros travail sur les textes. C’est un challenge pour lui. Regarde tout ce qu’il doit lire (une liasse de textes) ! Il prend des leçons de diction. Il est hyper professionnel, soucieux et méticuleux. Il ne comprend pas forcément le sens de tous les poèmes car n’oublie pas que nous sommes dans une œuvre surréaliste. Chez Éluard, il y a des associations de mots qui sur le papier ne semblent rien vouloir dire. Car ce sont avant tout des images qui sont évoquées. Par exemple, il y a cette phrase « l’eau est crépue » alors que l’eau n’est pas crépue, on saisit juste une image ! Les textes sont en français bien évidemment et Béatrice et moi nous chantons en anglais.


Et puis il y a la rencontre avec Fanny Ardant. Comment s’est passée leur rencontre ?

Leur rencontre a été géniale. Tous les deux sont des personnes très intelligentes, créatives, fortes et « subversives ». 

Il y a beaucoup de respect entre eux. Fanny connaissait les Stranglers. D’ailleurs je reviens sur JJ. Là il sera seul face aux textes et avec à côté de lui une grande comédienne. Il n’aura pas sa basse avec lui ! Donc c’est difficile. Il va devoir s’effacer par moment ce qui n’a jamais vraiment été le cas au sein des Stranglers.


Aret, cette interview touche à sa fin, j’ai été ravi de faire ta connaissance. Je n’imaginais pas que nous avions autant à partager entre fans des Stranglers. C’est assez incroyable de faire connaissance de cette manière. En tout cas gardons le contact et nous aurons bien l’occasion de nous voir prochainement pour évoquer le travail de ton groupe Deleyaman.

Merci Stéphane, je suis également très content de notre échange et de t’avoir rencontré. Oui à bientôt avec plaisir et félicitations pour le blog. Il « colle » très bien à l’image que je me fais du groupe.

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Photos © Deleyaman
Remerciements à Julian pour sa contribution à cette interview

«Éluard, une Poésie ininterrompue», par Deleyaman, Fanny Ardant & Jean‑Jacques Burnel

=> Site Deleyaman

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