jeudi 30 novembre 2017

The Classic Collection : Paris, le 25 novembre 2017

Tout au long de la tournée 2017, les envoyés spéciaux de Stranglers-France vont vous faire vivre les concerts. Ambiance, set-list, anecdotes, les fans prennent la plume et disent tout...
...par Nicolas


Quelque part, le fan des étrangleurs aura toujours, dans son sang, quelque chose du viking, me dis-je en bravant le froid ce samedi de novembre, le long du Boulevard Rochechouart, en route pour notre affaire.

Ils semblent inépuisables, ces Anglais, ces Français, ces Belges, souvent quinquas, ou plus, qui se massent devant la Cigale dès 18h30. Eux qui suivent inlassablement le groupe sur sa tournée sans fin, depuis les débuts des Guilford Stranglers dans quelque pub britannique du nom de Hope and Anchor, en passant par de multiples concerts en Europe, souvent mouvementés, eux qui ont également continué à les soutenir dans les décombres des années 90, période sombre pour le gang de JJ Burnel, jusqu’à sa renaissance dans les années 2000.

Bref il y a donc bien quelque chose de nordique dans l’univers des Stranglers, mais aussi, d’incroyablement familial : lorsque j’entre pour la première fois dans cette somptueuse salle, modernisée par Philippe Starck (Burnel le mentionnera sur scène), je ne connais aucun visage, et pourtant, ai l’impression d’assister à une véritable réunion de clan. Tous se connaissent de vue ou presque, les Anglais qui suivent dans leur Wonky Bus chaque tournée française du groupe, sont présents en masse et le font savoir, l’ambiance est chaleureuse, très bon enfant.

Mike Marlin et ses Melomaniacs montent sur scène à 19h30.
C’est long, très long. Encore plus qu’en 2012, et cette fois-ci il n’y a même pas de batteur.
Si les Stranglers sont les Flaubert du punk, ce cher Mike est décidément le Musso de l’affaire. La voix imite Jeff Tweedy du groupe Wilco, et les guitares évoquent un monde où le Velvet Underground serait une marque de friandises.
Au milieu de son set, comme une envie de tisane.


Le concert commence tôt, à 20h30. Comme toujours lorsque je vais voir ce groupe qui m’a initié au rock en live, les dix dernières minutes d’attente sont jubilatoires. Une cascade d’émotions que je connais désormais par coeur : 1/ pénombre 2/ projos d’un blanc fantomatique 3/ Waltz-In-Black.
Cette fois-ci, les dernières secondes sont d’autant plus savoureuses que, contrairement à ma dernière rencontre avec EUX à Toulouse en 2015, j’ai pris précaution de ne rien regarder des setlists.
Néanmoins, on ne se refait pas, et, réflexe pavlovien, je ne peux m’empêcher au fond de moi de désirer un Raven en ouverture.

JJ (« JayJay » pour les anglais autour de nous) s’avance vers nous et je comprends instinctivement que ce sera Toiler On The Sea. Soit.


Je suis au troisième rang, côté gauche. Enfin, pour l’instant, car autour, le public est au taquet, et les Normands font littéralement trembler le sol (le Monkix ?).
Un enthousiasme contagieux qui manquait cruellement au concert de Toulouse et qui, cette année, ne me lâchera pas de tout le set. I Was A Toiler cru 2017 s’est débarrassé de toutes fioritures pour une durée de 5 minutes chronos. Le son à l’endroit où je suis n’est pas très clair, mais littéralement pachydermique. JJ semble concentré, un peu tendu, comme c’est parfois le cas lorsque le groupe passe dans la capitale, mais nous régale de son jeu de basse hors pair et de ses pas de danse extra-terrestres. Baz n’est pas en reste avec une prestation vocale qui tutoie la perfection. Il habite un répertoire culte pour nombre d’entre nous. Au fil des années, il a su se faire accepter au sein d’un groupe au passé parfois écrasant, il a composé avec eux d’excellentes chansons et mérite un respect égal en retour, c’est mon avis depuis le départ.
J’admire Baz Warne comme j’admire Brian Johnson d’AC/DC.

Suivront Was It You, et le bonheur intact d’entendre Burnel chanter, puis Sometimes. Sur ce titre, les toms basses de Jim Macaulay sur le refrain résonnent dans l’enceinte comme un authentique uppercut écossais : « sometimes you gonna get some stick ». Ce groupe n’a définitivement plus le même son en live.


Get A Grip devient ainsi une course folle dans les méandres urbains du Londres de 1977, tandis que 15 Steps bénéficie d’un re-lifting countrysant du plus bel effet. L’un des meilleurs titres de Giants.

Nice N Sleazy, toujours plaisante, même si beaucoup entendue.
La setlist ne s’encombre pas de grands écarts discographiques, mais le choix des titres est sans faille, il n’y aura pratiquement aucune longueur, à l’exception peut être de ce Midnight Summer Dream/European Female, manquant peut être de… subtilité ?

Qu’importe, je viens pour m’éclater, et la suite sera magistrale : Don’t Bring Harry/N’Emmènes Pas Harry, rien que ça. Lorsque les Stranglers yous régalent de pareille rareté, on ne peut que se taire et admirer. Jay Jay ne touche pratiquement pas sa basse sur ce titre, sauf à la fin. Son chant est un peu hésitant, mais contribue à la beauté de l’instant. Le dernier couplet est chanté en anglais. Timidité, peut être ?
Golden Brown/Always The Sun, impeccables, mais peut être la version de trop pour moi. Deuxième rareté de la soirée, Bear Cage, LE single de 79! Morceau exécuté de main de maître par Baz. Le rythme, les riffs lancinants évoquent bel et bien un ours en cage, et le refrain est repris en coeur par toute la fosse. J’avais lu quelque part que le groupe n’aimait pas ce titre… Et pourtant !! L’une des highlights de la soirée pour moi.

Bonheur également d’entendre de nouveau Walk On By. Ou quand les Stranglers atomisent Dionne Warwick. Après toutes ces années, c’est toujours le must du groupe en live (Baz connait sur ce titre quelques déboires avec sa Telecaster qui ne sort plus en façade l’espace de quelques secondes, mais se rattrape instantanément), avant une fin de set menée tambours battants : Norfolk Coast, Relentless, Peaches, et Hanging Around : du Rattus Norvegicus à balles, mixé avec le meilleur des titres récents, puis le morceau 5 Minutes.
J’ai souvent râlé sur la récurrence un peu indigeste de ce titre dans les sets, mais cette version fut à tomber par terre. Sur le moment, d’ailleurs, une émotion particulière m’a semblé émaner de la foule : les mains sont levées en l’air, le chiffre 5 hurlé sur les refrains, et je n’ai pu m’empêcher de penser à une autre forme de violence, bien plus contemporaine, qui a frappé non loin d’ici, il y a maintenant deux ans : « Five Minutes and you’re almost there/Five Minutes and you’re almost dead. » Preuve, s’il en est, que ces paroles sont toujours d’actualité. Le set principal s’achève sur Tank.

Rappel très punk, avec deux titres chéris, Go Buddy Go, introduit par Burnel avec humour comme le premier morceau des Stranglers : « vous savez, nous n’avons pas toujours été les génies musicaux que vous connaissez », et la réponse irrésistible du public : « WE KNOW ». J’ai toujours adoré ce rock n roll décérébré que n’aurait pas renié les Ramones. En fosse, c’est un véritable défouloir. Pas de lancer de chaussures comme à l’Olympia 2014, mais quelques slams et une évacuation vigoureuse; les quinquas sont toujours là : « Muscle Power ! », disait-on.

Puis le traditionnel No More Heroes, que Trotsky écoute très certainement encore dans sa tombe, tant c’est tubesque, drôle, indémodable, cool.


En bref, le set « Classic Collection » est, comme prévu, sans failles, peut être le meilleur choix de morceaux que j’ai pu entendre en live avec eux jusqu’à présent. Bien sûr il y a toujours les absents, Down In The Sewer, Raven, etc… Mais ce soir, je garde l’image d’un groupe puissant, concerné par le répertoire et soucieux de son héritage, tout en étant très spontané dans son rapport au public. Bonheur toujours, la salle est magnifique, presque intimiste, le cadre est parfait, malgré le côté un peu balourd du son.

Note pour plus tard : à quand un concert en drakkar ?

4 commentaires:

Anonyme a dit…

Ha respect Nicolas tu peux conter Nantes ?parceque j y étais et je suis sûre que tu as vu des choses que j ai zappe! Féline

Bladerunner a dit…

Merci pour ton récit qui se savoure avec délectation.
Superbe soirée dans une ambiance survoltée!!!

Christophe BAUCHAUD a dit…

Un mode de vie, un son propre aux hommes en noir......sublime et surtout la dernière reprise avec un son bien punk rock...un régal

Anonyme a dit…

Ce concert etait le meilleur des Stranglers que j'ai vu depuis un moment. J'avais ammené des amis non-initiés et ils ont aimés. Top !